Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 13:25

    Marc n'était pas laid, il pouvait même, selon les jours, s'attribuer lui-même un certain charme. Certaines filles ne l'avaient d'ailleurs pas repoussé, en leur temps. Mais Marc n'avait rien à dire. Ni au sujet du rugby, ou des motos, ou du dernier film à la mode, ni même au sujet d'une quelconque théorie philosophique. Auprès de Jeanne, Marc n'aurait jamais la moindre chance. A moins de trouver moyen de percer le secret du Martien.

L'heure de Marc sonna un matin, à l'issue d'un cours de philo. Ce jour-là, le prof s'était mis en tête d'initier sa classe au monde nébuleux de la psychanalyse.

Même un fils d'ingénieur des Ponts et Chaussées avait entendu parler de Freud. Ne serait-ce que lorsque son père, affalé dans son divan élimé jusqu'à la trame, s'exclamait en sommeillant, devant un reportage qui y faisait plus ou moins allusion, que "les plus fous ne sont pas ceux qu'on croit !". Mais Marc n'en savait pas beaucoup plus.

Pourtant, quelque chose lui disait que ces "foutaises" et autres "âneries pour intellectuels désœuvrés" avaient quelques chances de l'extraire un jour de cette espèce de torpeur, de désintérêt pour la vie, qu'il ressentait en permanence, au lycée comme chez lui, et qui finissait par l'inquiéter, lorsqu'il la comparait à l'énergie débordante de ses camarades, capables de s'enthousiasmer pour des futilités qui le laissaient sans voix, voire même avec celle de son propre père, que ses activités professionnelles, dont Marc ne connaissait d'ailleurs aucun détail, semblaient combler.

Les gens n'intéressaient pas Marc, hormis quelques exceptions féminines. Leurs préoccupations ne le préoccupaient pas. Mais Marc s'intéressait à l'âme humaine. Il ne parvenait pas lui-même à comprendre ce paradoxe. Peut-être, avait-il fini par conclure, ne s'intéressait-il qu'à sa propre petite personne, mais d'une manière qui lui semblait rejoindre l'Universel, sans qu'il puisse s'expliquer par quel mystère.

Le prof parlait donc de Freud. Et JM avait demandé la parole, que le prof lui avait cédée en soupirant. JM s'était alors lancé dans un exposé détaillé des chamailleries qui avaient opposé, à une époque, Freud à Jung. Carl Gustav Jung.

Marc n'avait jamais entendu ce nom, et il s'apprêtait déjà à l'oublier. Mais la suite avait retenu son attention. D'après JM, ce Jung avait développé toute une théorie, s'appuyant sur l'existence d'un inconscient collectif, sorte de sous bassement universel, dans lequel les racines de chaque être humain s'ancraient, et dont certains éléments pouvaient surgir sans prévenir, parfois, dans les rêves en particulier.

Marc avait senti confusément qu'on touchait là à une conception du monde radicalement différente de celle qu'il subissait au quotidien, depuis sa naissance. Une porte, dont il n'aurait jamais osé soupçonner l'existence, était peut-être sur le point de s'ouvrir devant lui, qui pouvait radicalement transformer son approche de la vie.

A la fin du cours, comme le prof rangeait ses cahiers, les yeux baissés, les épaules lourdes du poids de l'échec et de la honte, Marc s'était précipité à la suite de JM, et l'avait abordé dans le couloir. Ses paroles l'avaient sérieusement ébranlé. Il souhaitait sincèrement en savoir un peu plus.

Marc n'avait pu se dissimuler à lui-même qu'il y voyait, avant tout, une occasion inespérée de se rapprocher indirectement de la belle et douce Jeanne, de s'extraire pour elle du magma sans intérêt des lycéens scientifiques. Une chance, que la vie lui attribuait enfin, et qu'il était bien décidé à saisir au vol. 

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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 17:10

     JM ne s'était pas fait prier. Étaler ses connaissances, devant un public conquis d'avance, le comblait visiblement tout autant que ses joutes verbales avec le prof de philo. Il avait repris ses explications au sujet du fameux "Inconscient collectif", et complété son discours en abordant, à sa manière, la notion de "coïncidence signifiante".
    Une coïncidence, avait-il expliqué, c'était lorsque deux évènements, n'ayant aucun rapport entre eux, qu'aucune logique ne pouvait relier, se déroulaient au même moment. La plupart du temps, les gens n'y prêtaient que peu d'attention. On notait et on laissait tomber. On oubliait.

Mais parfois, la coïncidence était si troublante qu'il n'était pas si facile de faire comme si rien n'était arrivé. La surprise, le choc, pouvaient alors nous pousser à nous pencher sur quelque chose qui, sans ce concours de circonstances, serait resté dans le secret de l'inconscient.

Jung avait constaté, entre autres choses, que des personnes, n'ayant aucun rapport entre elles, pouvaient, à des instants proches, vivre des évènements qui coïncidaient. Pour lui, c'était l'annonce de l'émergence, dans la conscience, collective ou individuelle, d'un élément de l'inconscient collectif. Et s'intéresser à cet élément, chercher à le découvrir, à l'extraire de sa gangue, était du plus grand intérêt. L'individu, ou la collectivité concernée, pouvaient en être salutairement éclairés.

JM parlait effectivement comme un prof ! Il avait ponctué son discours des mêmes gestes que ceux que Marc avait observés, lorsqu'il parlait à Jeanne. Marc suivait tant bien que mal, mais il n'avait pas dû parvenir à camoufler complètement ses efforts pour ne pas décrocher, car JM avait poursuivi, de manière plus concrète :

- Lorsque tu es en présence de quelqu'un, il peut t'arriver de percevoir une image, une pensée, un sentiment. Tu peux te contenter de les repousser dans ton inconscient, comme s'ils ne pouvaient que troubler ta communication avec l'autre. Votre discussion se poursuit alors sur un plan de conscience banal. Mais si, au contraire, tu portes toute ton attention sur cette image, cette pensée, ce sentiment, que tu considères d'emblée qu'il peut s'agir d'un élément d'une coïncidence signifiante, et qu'il y a donc de fortes chances pour que cet élément concerne autant la personne avec qui tu parles que toi-même, il t'est possible, alors, d'élever votre communication sur un plan supérieur. A condition, bien sûr, d'oser exprimer ton intuition, car c'est d'intuition qu'il s'agit. C'est de cette manière que je cherche moi-même à communiquer. Et je peux t'assurer que ma vie ne se déroule plus, depuis que je m'y astreins, sur le plan banal dans lequel végètent la plupart de nos chers camarades de classe. Et, si je me fie, ici, à mon intuition, je pense pouvoir affirmer que tu comprends très bien de quoi je veux parler !

Marc voyait ! Il n'était pas persuadé que Jung lui-même ait été à l'origine d'une telle interprétation, mais il sentait que JM abordait là quelque chose qui le touchait, qui l'intéressait au plus haut point. Quelque chose qui pouvait même constituer le remède radical contre son mutisme chronique !

Avant même d'avoir l'opportunité d'y regarder de plus près, Marc avait alors fait l'expérience d'une coïncidence extrêmement signifiante, à son avis. Lui qui n'avait en tête que l'espoir de parvenir un jour à entrer en contact avec Jeanne, et qui avait sauté sur l'occasion que lui fournissait le discours de JM – n'en espérant toutefois que de lointaines et aléatoires conséquences - était, en effet, resté muet de surprise, lorsque JM avait clos leur discussion en le conviant à venir rencontrer "des gens, qui partageaient avec lui cette manière de vivre et de communiquer". Ils organisaient une petite fête, le samedi suivant. JM avait, d'ailleurs, invité également une autre élève du lycée. Une littéraire.

- Si ça te dit…

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Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 17:12

Ce soir-là, Marc avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil. Il avait mieux compris le trouble profond, dont Jeanne elle-même semblait être affectée, lorsqu'il les observait de loin, elle et JM. Incontestablement, une discussion avec ce type n'était pas un évènement commun.

Son cerveau s'était mis à tourner à plein régime. Il n'en avait pas fréquemment l'occasion. C'était cette histoire d'image, ou de sentiment, qu'on pouvait voir ou ressentir face à certaines personnes, qui travaillait en lui. Combien de fois lui était-ce arrivé ? Combien de fois avait-il pensé que quelque chose ne tournait pas rond dans sa tête, et s'était-il tu ?

JM, lui, plutôt que de se frapper la poitrine, aurait adhéré pleinement au phénomène. Rien, après tout, ne pouvait empêcher Marc, désormais, d'en faire autant lui-même !

Marc n'avait jamais rien à dire aux autres. Certains lui avaient même attribué le surnom de "l'ours". Et si, à y regarder de plus près, tout ça n'avait reposé que sur un malentendu ? Marc avait, en fait, bien des choses à dire, mais pas ce que la quasi-unanimité des gens qu'il fréquentait était prête à entendre.

Et si, à partir de cet instant, il décidait d'exprimer, à l'instar de JM, tout ce qui lui passait par la tête ? On le prendrait globalement pour un fou mais, vu que c'était déjà pratiquement le cas, il n'avait pas grand-chose à y perdre. Par contre, certains – ou certaines - seraient peut-être amenés à s'intéresser un peu plus à sa personne…

JM disposait d'un talent certain de beau parleur, Marc venait de le constater. Mais tout en l'écoutant, une partie de son cerveau avait jugé, comparé. JM parlait bien, mais avec une certaine lourdeur, une certaine rigidité. Ces gestes froids et cassants, qui accompagnaient ses paroles, avaient mis Marc mal à l'aise.

Or, la rigidité se mariait mal avec l'intuition. On pouvait faire mieux… Marc aurait pu faire mieux !

Et pendant une partie de la nuit, il s'était imaginé face à Jeanne, exprimant des talents insoupçonnés d'orateur, laissant libre cours à son intuition. Et Jeanne succombait peu à peu à son charme, le découvrant beaucoup plus irrésistible encore que JM.

La suite de son fantasme nocturne s'était effacée dans les brumes du sommeil, mais au matin, s'il avait eu quelques difficultés à émerger, il s'était senti plein d'un enthousiasme neuf et inconnu. Une nouvelle vie commençait. Il suffisait de convaincre ses parents de l'autoriser à se rendre à la fête à laquelle JM l'avait convié, ce qui ne poserait aucun problème, à son avis, tant ils semblaient désespérés de voir leur fils passer tout son temps libre à traîner oisivement dans la maison.

 

2


Le temps avait passé très vite, jusqu'au samedi soir tant attendu. Les parents de Marc n'avaient posé aucune question, de peur que la moindre remarque ne le décourage. La fête devait se dérouler à une quarantaine de kilomètres de là, ce qui les avait un peu surpris, mais ils avaient finalement accepté d'y conduire leur fils, qui s'était engagé à dormir sur place et à rentrer, par ses propres moyens, avant le dimanche soir.

Le nombre impressionnant de voitures bariolées, garées à proximité d'une espèce d'immense dôme de toile, avait bien provoqué quelques remarques, lorsque son père avait déposé Marc – "Où est-ce qu'on est tombé là ?" - mais sans conséquence autre qu'un traditionnel "Sois prudent, tout de même !"

Il s'agissait d'un dôme gonflable, comme Marc n'aurait jamais imaginé qu'il pouvait en exister. Tout semblait décidément possible à ces gens-là. Un système sophistiqué de soufflerie et de sas, permettait à la toile de se maintenir en tension.

 

Des peintures futuristes décoraient la partie basse de la "construction". On pouvait y voir un certain nombre d'êtres aux crânes rasés, se tenant à côté de vaisseaux spatiaux en forme de soucoupes, diffusant des lumières de toutes couleurs. Les extra-terrestres – car c'en étaient de véritables représentations, pour le coup - semblaient s'avancer vers les visiteurs, dans leurs combinaisons en tous points comparables à celle dont JM était le plus souvent vêtu. Leurs visages paraissaient engageants, leurs mains, dont Marc n'avait pas songé à compter les doigts, faisaient mine d'inviter les nouveaux arrivants à pénétrer sous le dôme, dont la forme était censée, si Marc avait bien compris, reproduire celle des vaisseaux spatiaux. Au-dessus de l'entrée, en lettres lumineuses, on pouvait lire "New-Age".

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Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 14:44
     Marc s'était approché lentement, croisant des grappes d'invités souriants, tenant en main des verres de jus de fruits. L'alcool et le tabac semblaient exclus. Ses parents s'en seraient félicités.

Pour la plupart, les garçons, dont certains avaient largement dépassé la vingtaine, voire peut-être la trentaine d'années, portaient des combinaisons, parfois surmontées de cols relevés. Leurs longs cheveux tombaient sur leurs épaules, quand ils n'avaient pas le crâne rasé. Certains étaient chaussés de boots d'un blanc lumineux.

Les filles semblaient tout droit sorties de contes futuristes. Quelques unes "clignotaient comme des sapins de Noël", se serait sans doute exclamé son père. Des broches d'argent représentant des fées ailées, équipées de diodes, décoraient la plupart des combinaisons. Le blanc semblait de rigueur.

Marc s'était senti un tout petit peu décalé, légèrement "largué", dans son pull tombant jusqu'aux genoux, couvrant un jean savamment usé et rapiécé. La mode hippie lui avait soudain paru irrémédiablement dépassée. Il avait alors subi une légère poussée de doute, au sujet des chances de succès d'une éventuelle rencontre avec Jeanne.

Quelques mots avaient accroché ses oreilles au passage. On parlait "d'ère du Verseau", de communautés, de méditation, de télépathie, "d'énergie positive". Marc commençait à se demander s'il ne s'était pas vu un peu trop beau, si sa simple intuition n'allait pas s'avérer un peu pauvre, comparée aux discours élaborés, tenus par une telle bande de déjantés.

L'apparition de JM, s'avançant tout sourire vers lui, les bras ouverts en signe de bienvenue, l'avait aussitôt rassuré, d'autant que, derrière lui, suivait une Jeanne qui semblait tout aussi désorientée que lui. Il n'aurait même pas juré ne l'avoir pas sentie rassérénée elle-même, à la vue de quelqu'un de "normal", quelqu'un qui n'avait pas encore quitté l'ère du Poisson.

- Tu connais Jeanne ?

Ils s'étaient embrassés poliment, et elle avait engagé la conversation, pendant que JM était parti en quête d'un verre de jus d'orange pour Marc.

Tout, ensuite, s'était déroulé exactement comme il l'avait imaginé.

Sous le dôme futuriste, JM et ses compagnons extra-terrestres, transportés par les sonorités improbables de la musique synthétique d'un groupe de voyageurs intersidéraux, s'étaient lancés dans une sorte de danse rituelle, les bras en croix, les yeux clos et un sourire béat aux lèvres. Jeanne avait préféré rester un peu à l'écart de la communauté planante et Marc, discernant là une claire incitation à poursuivre leur conversation, ne l'avait pas lâchée d'une semelle.

Cet instant, il l'avait préparé avec une telle minutie, une telle détermination, que rien n'aurait pu le faire dévier. C'était tout son avenir qui se jouait. Le vieux Marc devait disparaître là, sans délai, pour laisser place au nouveau. Le vaisseau multicolore de l'Ère Nouvelle ne le laisserait pas sur le bord de la voie !

Les choses s'était ensuite nettement accélérées. En quelques semaines, Marc avait assimilé l'essentiel de la théorie de ses nouveaux amis. Les extra-terrestres, sur le point de transmettre à l'humanité un savoir nouveau. Le choix, qui se présentait à chaque être humain, en ces temps de passage, entre l'ancien et le nouveau monde. Les bouleversements profonds qui se produiraient, pour ceux qui auraient osé l'aventure. Un nouveau mode de vie, débarrassé des contraintes morales, liées à un plan de conscience dont cette élite de l'humanité était sur le point de s'affranchir. Une révolution dans les modes de communication. L'accession à une ère de paix, de sérénité et de liberté.

Les moyens de s'élever jusqu'à ce nouvel éden, JM les lui avait progressivement détaillés, encouragé en cela par l'enthousiasme dont Marc avait fait preuve. La foi en son intuition constituait, conformément à ce que JM avait déjà expliqué, la condition première. Suivait l'écoute attentive de tous les signes que la Vie envoyait, dans le quotidien de chacun. Puis la totale spontanéité dans la communication avec les autres.

Tout ce qui venait à l'esprit devait être exprimé, sans réserve. Un tri s'effectuerait rapidement, parmi les relations du nouvel initié, entre ceux qui entendaient, et ceux qui n'en avaient pas la capacité. Ceux-là devaient être respectés pour ce qu'ils étaient – de pauvres laissés pour compte, en réalité - mais il deviendrait rapidement nécessaire de se tenir éloigné de leurs énergies négatives, qui risqueraient, sinon, de replonger le novice dans des zones de trop forte densité énergétique.

"Énergie" pouvait être considéré comme une sorte de mot magique. Un véritable initié ne pouvait s'abstenir de le glisser dans, au moins, une de ses phrases sur deux. Marc n'avait pas l'impression que JM aurait pu en définir le sens mieux que lui, mais il fallait reconnaître que ça en imposait. Il s'était soumis sans difficulté à ce nouveau rite.

 
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Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 07:35
     Par ailleurs, sur la voie de l'élévation spirituelle, les nouveaux venus devaient tenir compte de l'existence de structures, à la fois très strictes, "énergétiquement" parlant, et très évolutives. JM signifiait par là que chaque novice s'introduisait de lui-même, par son choix d'entrer dans la Voie, dans une sorte de hiérarchie subtile. Il y pénétrait par sa base, mais possédait les complètes liberté et capacité, pour ne pas dire la vocation de s'y élever, au travers des épreuves initiatiques que la Vie ne manquerait pas de placer sur son chemin.

Concrètement, JM ayant en quelque sorte parrainé Marc et Jeanne, ceux-ci resteraient liés à lui, jusqu'à ce qu'un jour ils s'en affranchissent, en atteignant ou dépassant son propre niveau de conscience.

Ceci ne devait pas, bien évidemment, s'entendre sur un plan banal, mais subtil. Au niveau des énergies, pour être plus clair. JM n'aurait aucun pouvoir sur eux, mais, dans leur propre intérêt, ils devraient tenir compte de son existence. Ce n'était pas sans raison que la Vie l'avait mis lui, JM, et personne d'autre, sur leur chemin. Leurs énergies et la sienne se complétaient, pour un temps, et vouloir ignorer cet état de faits ne pouvait que compromettre, ou tout au moins ralentir leur élévation.

Plus concrètement encore, l'espèce de mission que l'Univers leur assignait, consistait en le recrutement de nouveaux adeptes. JM appartenait à une communauté de sept individus. Sept étant le nombre de la totalité - Marc s'était bien gardé de demander la moindre explication sur ce point -, sa communauté était ainsi au complet. C'était donc une nouvelle entité, que Marc et Jeanne avaient à réunir. Le rôle de JM se limiterait à la supervision des opérations.

Lorsque cette communauté aurait stabilisé son fonctionnement énergétique et établi en son sein une "hiérarchie fonctionnelle", JM s'effacerait. La communauté fonctionnerait de manière autonome. Elle serait alors directement reliée à une entité subtile, dans le cosmos. Car les extra-terrestres, s'ils avaient une existence concrète, constituaient avant tout l'apparence "corporalisée" de ces espèces de super consciences, que la réunion de sept consciences humaines, sur la voie de l'éveil, cristallisait, sur un plan d'énergie très élevée.

C'est de cette manière, par créations successives de communautés autonomes, que l'Ère Nouvelle s'établirait progressivement sur Terre.

Quant à la méthode de travail de chaque communauté – travail énergétique, bien entendu -, elle était basée sur la pratique de la méditation collective dirigée. JM se faisait fort d'y initier Marc et Jeanne, puis toute leur communauté, lorsqu'elle serait réunie.


Marc ne doutait pas du recrutement rapide des cinq compagnons qui leur manquaient. Depuis la fameuse fête New-Age, il lui semblait que personne ne pourrait plus lui résister. Le parfait naturel dont il avait fait preuve face à Jeanne, ce soir-là, l'avait enthousiasmé lui-même.

Marc, le silencieux introverti, s'était instantanément transformé en un Marc sûr de lui, débarrassé de toute émotivité paralysante. Il lui avait suffi, pour cela, de suivre scrupuleusement les conseils de JM : prendre très au sérieux ses propres intuitions et les exprimer. En outre, Marc s'était efforcé de soigneusement placer sa voix, de manière à laisser planer la dose adéquate de mystère, dans ses propos. Propos dont il s'était demandé où il pouvait bien être allé les chercher !

Marc n'était toutefois pas totalement dupe. Il voyait bien la part d'imposture, dans les discours et les théories qu'il était sur le point d'épouser. L'euphorie qui s'était emparée de lui, face au regard attentif, presque admiratif, dont Jeanne l'avait gratifié, résultait bel et bien, en partie au moins, de la satisfaction que le premier être humain venu pouvait trouver, à prendre pouvoir sur un autre. Et l'évolution spirituelle n'avait vraisemblablement pas grand-chose à voir avec ça.

Par contre, la découverte de l'efficience de sa propre capacité intuitive le touchait de manière beaucoup plus personnelle, intérieure.

Depuis l'enfance, il avait constaté qu'il lui arrivait d'être saisi par de vagues impressions, en observant certaines personnes. Comme s'il avait su quels sentiments s'agitaient en elles, quelles motivations plus ou moins conscientes étaient à l'origine de leur manière de se tenir, de s'adresser aux autres, de rire, d'aborder le monde. Une espèce de connaissance psychologique immédiate, dont il s'était gardé de faire étalage.

Là résidait la raison profonde de l'intérêt qu'il avait ressenti pour JM et sa bande. Dès leur premier échange, c'était de ça que JM lui avait parlé. Il lui avait même affirmé que cette capacité, dont Marc n'avait su que faire jusqu'à ce jour, pouvait devenir le principe essentiel d'une nouvelle manière d'aborder son existence. Et la vie lui paraissait, jusque là, tellement absurde, vide et ennuyeuse, que ç'avait été comme une révélation.

Grâce aux paroles de JM, Marc s'était réconcilié instantanément avec une part de lui qu'il avait trop longtemps négligée, une particularité qu'il n'avait pas, jusqu'ici, eu le courage d'assumer, une différence qu'il pensait être à l'origine de son isolement, de sa complète solitude, et qui pouvait devenir la source de succès relationnels inespérés.

Marc avait eu l'impression de sortir d'un long sommeil, d'être en mesure de commencer enfin sa vraie vie. En Jeanne, il avait lu comme en un livre ouvert ! En quelques questions, il l'avait poussée à avouer sa fragilité, sa timidité, bien cachées derrière d'apparents comportements assurés.

Elle avait aimé sentir qu'il la comprenait ainsi. Elle s'était confiée à cet inconnu, comme s'ils avaient été intimes depuis longtemps. Il avait même décelé en elle des choses qu'elle n'aurait pas soupçonnées, avant leur conversation, comme ce besoin d'indépendance refoulé, dont il avait parlé.

Et quand Marc lui avait proposé de tenter l'aventure communautaire, elle s'était senti pousser des ailes. Elle ne savait pas comment ses sentiments pour lui allaient évoluer, mais elle sentait qu'un tournant de sa vie se profilait. Elle avait eu très envie de se laisser séduire.

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