Il y a quelques années, alors que je traversais une phase particulièrement
douloureuse de mon cheminement, le besoin de témoigner de celui-ci s'est imposé à moi. Sept ans plus tôt, la Vie avait brutalement bouleversé, de fond en comble, mon existence, détruisant sans le
moindre ménagement le fragile équilibre auquel je m'accrochais par principe, mais bec et ongles, depuis longtemps déjà – tout en me racontant, bien entendu, qu'un jour, lorsque le moment serait
venu...
Précipité dans un profond désarroi doublé d'une parfaite impuissance, j'avais
d'abord pensé ne pouvoir résister longtemps à ce raz de marée. Pourtant, une fois écoulé le temps d'une nécessaire putréfaction, le "hasard" avait grand ouvert, devant moi, une porte, que je
m'étais senti contraint de passer. L'aventure, alors, avait commencé, me conduisant bien plus souvent vers des abîmes d'effroi que des apogées d'allégresse, et plus rien dans mon existence n'est,
depuis, sous mon contrôle.
J'ai donc suivi tant bien que mal le mouvement qui, systématiquement, m'emportait
où je ne voulais pas aller, et me suis retrouvé, un septennat plus tard, jeté pour un temps dans une solitude forcée de neuf mois, à l'issue desquels j'ai accouché, dans de vives douleurs, d'une
centaine de pages d'une aridité absolue.
Ayant tenté de faire publier l'ouvrage, je suis tombé, par un nouveau hasard, sur
un éditeur débutant – qui, depuis, semble avoir abandonné le métier – qui a eu la générosité de lire mon manuscrit, et l'honnêteté de me conseiller d'oublier mon projet. La forme du texte,
témoignage abrupt et sans concession, l'avait plongé dans un état de malaise tel, m'écrivit-il, qu'on ne pouvait envisager qu'un éditeur plus expérimenté ait la persévérance dont il avait
lui-même dû faire preuve pour parvenir au terme de sa lecture. Ceci étant, rajoutait-il, la densité de mes aventures lui laissait penser que je pourrais en tirer un bon roman, qu'il
m'encourageait à écrire.
Littéralement épuisé par ma première expérience littéraire, j'ai soigneusement
rangé l'idée dans un coin de ma mémoire, en prenant soin toutefois – averti du penchant de la Vie pour les coups de théâtre et autres rebondissements – de ne pas l'enfouir trop profondément.
Moins d'un an plus tard, les circonstances ayant effectivement évolué d'une manière totalement imprévisible, le projet a resurgi de lui-même et s'est imposé comme une
évidence.
Je me suis donc installé à nouveau devant mon clavier, un matin, un peu perplexe
tout de même, et les mots, les phrases, les pages se sont succédés, sans effort excessif de ma part, cette fois, souvent même avec une fluidité quasi jubilatoire, le plaisir de voir l'histoire
s'écrire d'elle-même me faisant oublier les souffrances passées. Plus de quatre cent pages sont ainsi apparues, la forme romanesque permettant d'adoucir un peu la relation d'évènements, tantôt
dramatiques, tantôt enivrants, qui ont tous été vécus, y compris ceux qui paraissent les plus invraisemblables.
Dans un premier temps, je n'ai proposé mon manuscrit à aucun éditeur classique,
préférant, pour le plaisir de voir le livre exister rapidement, m'adresser à un "imprimeur à la demande". Après moult contretemps, indépendants de la volonté de quiconque, "Épousailles" est né
dix ans, presque jour pour jour, après le début de mon aventure intérieure, au moment précis où tout m'indiquait que cette ère de mon existence était sur le point de se
terminer.
Vous connaissez la suite (voir l'article précédent). Aujourd'hui, la Vie semble
m'inciter à tenter d'élargir l'audience de cet ouvrage et, ayant payé assez cher l'apprentissage de la docilité, je m'exécute, sans attente particulière et sans avoir la moindre idée de ce qui
peut résulter de cette initiative.
A vous donc, maintenant, sous l'entière responsabilité du destin, d'écrire
l'histoire de "Épousailles", en compagnie de qui je vous laisse.
Bien cordialement,
M.A.
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"Épousailles" (ISBN 13 : 9782304015324) est édité par Le Manuscrit (www.manuscrit.com), mais je conserve la possibilité de cession à un éditeur tiers, sous certaines conditions. Toute proposition en ce sens sera la bienvenue. Vos commentaires
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