Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 18:16

En ce Jeudi Saint de l'an de grâce 2009, moi, Michel Anvers, je dépose mes premières phrases sur ce blog, consacré au roman "Epousailles", dont je suis l'auteur.
Publié par les éditions "Le Manuscrit" (
www.manuscrit.com - voilà qui est fait), "Epousailles" n'était, à l'origine, destiné qu'à une publication confidentielle et ciblée. Mais les réactions, unanimement enthousiastes, de la vingtaine de proches qui m'ont fait l'amitié de le lire, m'ont convaincu de tenter de le faire connaître plus largement. D'après ces premiers lecteurs, la qualification de "initiatique", que je souhaitais lui voir attribuer, ne s'impose pas à un roman dont la lecture a procuré tout autant d'agrément à ceux qui ne se sont jamais senti particulièrement concernés par l'aspect "spirituel" de l'existence qu'à ceux qui, au contraire, sont des "chercheurs" de longue date.
Je sors donc de ma réserve pour livrer dans ce blog - après un article initial présentant la genèse de l'ouvrage - la première partie de "Epousailles", sous forme de feuilleton.
Je vous espère très nombreux à venir visiter régulièrement ces pages, à prendre plaisir à y retrouver Marc, le héros du roman, pour partager ses aventures, tant intérieures qu'extérieures, et à déposer vos commentaires, qui nous permettront peut-être d'engager un riche dialogue.
N'hésitez pas, si vous entrez alors dans le cercle de ceux qui pensent que c'est souhaitable, à faire connaître ce blog et ce livre autour de vous... et précipitez-vous sur
www.chapitre.com pour commander "Epousailles", puisque tel est le but ultime de ma démarche (tapez "épousailles michel anvers").
Bonne lecture à tous, donc, et au plaisir de vous lire à mon tour.
M. A.

Par Michel Anvers - Communauté : ecrivains en herbe
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Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /Avr /2009 15:35
 

Il y a quelques années, alors que je traversais une phase particulièrement douloureuse de mon cheminement, le besoin de témoigner de celui-ci s'est imposé à moi. Sept ans plus tôt, la Vie avait brutalement bouleversé, de fond en comble, mon existence, détruisant sans le moindre ménagement le fragile équilibre auquel je m'accrochais par principe, mais bec et ongles, depuis longtemps déjà – tout en me racontant, bien entendu, qu'un jour, lorsque le moment serait venu...

Précipité dans un profond désarroi doublé d'une parfaite impuissance, j'avais d'abord pensé ne pouvoir résister longtemps à ce raz de marée. Pourtant, une fois écoulé le temps d'une nécessaire putréfaction, le "hasard" avait grand ouvert, devant moi, une porte, que je m'étais senti contraint de passer. L'aventure, alors, avait commencé, me conduisant bien plus souvent vers des abîmes d'effroi que des apogées d'allégresse, et plus rien dans mon existence n'est, depuis, sous mon contrôle.

J'ai donc suivi tant bien que mal le mouvement qui, systématiquement, m'emportait où je ne voulais pas aller, et me suis retrouvé, un septennat plus tard, jeté pour un temps dans une solitude forcée de neuf mois, à l'issue desquels j'ai accouché, dans de vives douleurs, d'une centaine de pages d'une aridité absolue.

Ayant tenté de faire publier l'ouvrage, je suis tombé, par un nouveau hasard, sur un éditeur débutant – qui, depuis, semble avoir abandonné le métier – qui a eu la générosité de lire mon manuscrit, et l'honnêteté de me conseiller d'oublier mon projet. La forme du texte, témoignage abrupt et sans concession, l'avait plongé dans un état de malaise tel, m'écrivit-il, qu'on ne pouvait envisager qu'un éditeur plus expérimenté ait la persévérance dont il avait lui-même dû faire preuve pour parvenir au terme de sa lecture. Ceci étant, rajoutait-il, la densité de mes aventures lui laissait penser que je pourrais en tirer un bon roman, qu'il m'encourageait à écrire.

Littéralement épuisé par ma première expérience littéraire, j'ai soigneusement rangé l'idée dans un coin de ma mémoire, en prenant soin toutefois – averti du penchant de la Vie pour les coups de théâtre et autres rebondissements – de ne pas l'enfouir trop profondément. Moins d'un an plus tard, les circonstances ayant effectivement évolué d'une manière totalement imprévisible, le projet a resurgi de lui-même et s'est imposé comme une évidence.

Je me suis donc installé à nouveau devant mon clavier, un matin, un peu perplexe tout de même, et les mots, les phrases, les pages se sont succédés, sans effort excessif de ma part, cette fois, souvent même avec une fluidité quasi jubilatoire, le plaisir de voir l'histoire s'écrire d'elle-même me faisant oublier les souffrances passées. Plus de quatre cent pages sont ainsi apparues, la forme romanesque permettant d'adoucir un peu la relation d'évènements, tantôt dramatiques, tantôt enivrants, qui ont tous été vécus, y compris ceux qui paraissent les plus invraisemblables.

Dans un premier temps, je n'ai proposé mon manuscrit à aucun éditeur classique, préférant, pour le plaisir de voir le livre exister rapidement, m'adresser à un "imprimeur à la demande". Après moult contretemps, indépendants de la volonté de quiconque, "Épousailles" est né dix ans, presque jour pour jour, après le début de mon aventure intérieure, au moment précis où tout m'indiquait que cette ère de mon existence était sur le point de se terminer.

Vous connaissez la suite (voir l'article précédent). Aujourd'hui, la Vie semble m'inciter à tenter d'élargir l'audience de cet ouvrage et, ayant payé assez cher l'apprentissage de la docilité, je m'exécute, sans attente particulière et sans avoir la moindre idée de ce qui peut résulter de cette initiative.

A vous donc, maintenant, sous l'entière responsabilité du destin, d'écrire l'histoire de "Épousailles", en compagnie de qui je vous laisse.

Bien cordialement,

M.A.

 

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"Épousailles" (ISBN 13 : 9782304015324) est édité par Le Manuscrit (www.manuscrit.com), mais je conserve la possibilité de cession à un éditeur tiers, sous certaines conditions. Toute proposition en ce sens sera la bienvenue. Vos commentaires pourront également donner du poids à mes démarches.


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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /Avr /2009 08:59

 PROLOGUE

L'été touchait à sa fin. Il semblait pourtant bien décidé, avant de s'effacer, à donner le meilleur de lui-même. La brise agitait légèrement le feuillage du grand noyer. La nuit était claire et tiède. La surface de la piscine tremblait à peine. Le monde dormait paisiblement, alentour, bercé par le chuchotement incessant des grillons.

Marc aurait payé cher, vingt ans auparavant, pour obtenir l'assurance d'atteindre un jour un tel calme, un tel équilibre, une telle sécurité. Il en avait rêvé. Il y était parvenu.

La bière qu'il sirotait, installé dans l'un des fauteuils en teck, sur la terrasse s'ouvrant sur une pelouse parfaite, verte et rase, cette bière avait pourtant un goût amer, tout comme le fin cigare qui se consumait entre ses doigts. Marc fumait trop. Il buvait trop. Trop de bière et trop de café.

Il n'avait pas eu le temps de jouir de son bien-être. Il n'avait pas compris. Rien vu venir. La quarantaine approchait et tout ce qu'il avait construit, à la force du poignet – et Dieu sait qu'il lui avait fallu puiser au plus profond de ses ressources – tout était sur le point de s'écrouler.

Pourquoi ? Comment diable avaient-ils pu en arriver là ?


PREMIERE PARTIE : DEUX


1

Il l'avait rencontrée au lycée. En terminale.

Jusque là, ses études l'avaient profondément ennuyé. C'était un solitaire. Il ne comprenait pas ce qui pouvait justifier la fougue de ses camarades, leur apparente joie de vivre. Chaque jour imitait le précédent. Il aurait pourtant souhaité s'enthousiasmer – c'était de son âge, disait-on – mais rien ne parvenait à fixer durablement son attention. Une espèce de vide sidéral. Jusqu'à l'arrivée du "Martien".

Le surnom n'avait rien d'original – du niveau de ceux qui le lui avaient attribué. Marc devait être le seul à ne pas avoir raillé le garçon, lorsqu'il avait débarqué dans leur classe. Le seul dont la curiosité avait été plus forte que la tentation du rejet.

Il fallait reconnaître que le gars n'avait pas fait dans la dentelle. Arriver en classe, pour son premier jour, vêtu d'une sorte de combinaison spatiale, décorée de diodes clignotantes, ne constituait pas le meilleur moyen d'assurer son intégration ! C'était une petite ville. Les plus originaux des lycéens osaient à peine les cheveux longs et les longues écharpes de laine. Les garçons, pour la plupart, étaient du genre à comparer leur virilité, sur le terrain ou dans les vestiaires du club de rugby de l'établissement. Plus tard, ils se paieraient le 4x4 le plus gros du marché, noir avec des vitres teintées.

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Par Michel Anvers
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Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /Avr /2009 09:29

     Marc portait les cheveux longs et de longues écharpes de laine.

Le Martien se nommait Jean-Michel Blanc, ce qui, il fallait en convenir, était assez décevant. Il avait donc été la cible de toutes sortes de quolibets, les premiers jours, puis les choses s'étaient rapidement calmées.

D'abord parce que, stoïque, rien, ou plus rien, n'avait semblé pouvoir l'atteindre. Il traversait la vie au lycée comme s'il n'avait pas été vraiment là. Comme si l'essentiel, il l'avait vécu ailleurs. Comme si sa présence n'avait été que superficielle.

Ses premiers mots, c'est en cours de philosophie qu'on l'avait entendu les prononcer. Jusque là, la philo n'intéressait personne. Au début de l'année, pourtant, Marc avait cru pouvoir en espérer une nette amélioration de sa relation aux études et au savoir. Les questions que posait le prof n'étaient pas dénuées d'intérêt, avait-il pensé, malgré les regards bovins qu'elles semblaient susciter chez bon nombre de ses camarades. Malheureusement, les réponses proposées avaient rapidement renvoyé Marc à sa somnolence. D'où le Martien l'avait à nouveau fait émerger.

Le professeur n'avait manifestement pas été préparé à l'éventualité de la présence, dans son cours, d'un élève capable de débattre avec lui, tout en exposant des points de vue argumentés de références à des auteurs dont, visiblement, il soupçonnait à peine l'existence. Il en avait été d'emblée légèrement déstabilisé, d'autant que notre extra-terrestre usait d'un ton professoral, qui l'avait posé comme un authentique rival, et semblait en capacité de répondre à chacun des contre arguments que le prof avait tenté de sortir de son chapeau.

Le combat avait rapidement cessé. Après quelques semaines, le professeur entrait en cours avec des allures de chien battu, redoutant à chaque phrase la fatalité d'une intervention du seul élève réellement attentif à son propos. Il aurait préféré - lui qui n'avait cessé, durant toute sa longue carrière, de se plaindre de l'inexistence de la moindre trace de motivation, ou d'un simple embryon de capacité de réflexion, chez ses élèves - que les choses rentrent dans l'ordre. Chaque cours tournait, pour lui, à la débandade, tant les connaissances et le culot de l'élève Jean-Michel Blanc paraissaient de taille à ne lui laisser aucune chance.

Les théories qu'avançait le Martien, personne, dans la classe, bien entendu, ne savait d'où elles provenaient, et chacun s'en moquait d'ailleurs éperdument, Marc autant que les autres. L'essentiel, c'était le spectacle offert par un élève contestant systématiquement, froidement, les affirmations d'un prof - c'était une petite ville - à l'aide de phrases incompréhensibles qui, à elles seules, justifiaient un surcroît d'attention.

A la longue, l'assurance dont Jean-Michel faisait preuve, à ces moments-là, lui avait fait gagner, faute d'une reconnaissance véritable, une sorte de respect craintif, son comportement énigmatique semblant suggérer, à tous les leaders de la classe, la possibilité d'avoir affaire à une sorte de sorcier moderne, dont il était préférable de ne pas risquer d'attirer les foudres. On le laissait tranquille.

Marc, lui, l'observait. Ca remplissait agréablement ses journées. 

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Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /Avr /2009 09:54

     Il l'observait en classe. Il l'observait également dans la cour, pendant les interclasses. Car si aucun des élèves de la terminale scientifique, que Marc fréquentait, n'aurait sérieusement pu envisager d'adresser la parole à un si étrange étranger, le Martien avait réussi à trouver son public, parmi les élèves de la classe littéraire. Et Marc s'intéressait plus encore au public qu'à l'orateur

Elle répondait au doux prénom de Jeanne. Un prénom désuet, qu'elle portait merveilleusement, à son avis. Marc l'avait repérée bien longtemps avant l'arrivée de Jean-Michel. Et s'il n'avait jamais osé l'aborder, il avait patiemment réussi à rassembler un certain nombre de renseignements, à son sujet.

Jeanne était l'unique représentante de la dernière génération d'une famille très honorablement connue, dans la région. Elle habitait une spacieuse demeure, au fond d'un grand parc précieusement arboré, sur les hauteurs d'un village voisin, que les grands bourgeois de la ville avaient peu à peu colonisé.

Marc aurait été incapable de dire de quoi vivaient ses parents, ni d'où ils tiraient leur richesse. Sans doute leurs ancêtres avaient-ils trimé dans les champs, avant que l'un d'entre eux ne vende, au moment opportun, ses terres arides, devenues soudain de vraies mines d'or, par la grâce imprévue d'une rapide urbanisation, et de la spéculation immobilière qui avait suivi.

Marc, quant à lui, n'avait pas à se plaindre. Parti du bas de l'échelle, son père avait gravi, un à un, les échelons de son administration, parvenant même, malgré le lourd handicap qu'avait représenté son manque de diplômes, à s'élever jusqu'à la fonction prisée d'Ingénieur des Ponts et Chaussées.

Sa mère ne travaillait pas. Elle les avait élevés, sa sœur et lui, dans une certaine rigueur économique dont ils ne s'étaient jamais plaints. Ils ne manquaient de rien – comme on dit.

Jeanne, elle, jouait au tennis. Il la voyait, chaque mercredi, après les cours, lorsqu'il repartait à pied du réfectoire, pour rentrer chez lui. Passer devant les courts n'imposait qu'un léger allongement du chemin.

Jeanne avait créé, avec quelques camarades littéraires, une troupe de théâtre. Marc avait assisté à la représentation de leur dernière création. Il n'avait pas tout compris, mais il était resté jusqu'à la fin.

Jeanne s'habillait d'amples et légers vêtements de couleurs chaudes, qu'elle portait avec une délicatesse dont Marc ne se lassait pas.

Marc n'avait jamais osé, ni même envisagé, adresser la parole à Jeanne. Sans le soudain intérêt qu'il avait nourri pour le théâtre, peut-être n'aurait-il d'ailleurs jamais entendu le ton précieux de sa voix.

Jeanne était sacrée. Jeanne était inaccessible. Et voilà qu'une espèce de scaphandrier de l'espace, tombé on ne savait d'où – pas particulièrement gâté, de surcroît, par la nature - l'avait abordée du jour au lendemain, sans préambule, ni aucune précaution apparente. Et voilà que Jeanne semblait subjuguée, littéralement hypnotisée par un discours que la distance de sécurité que Marc laissait, entre lui et eux, ne lui permettait en rien de deviner, mais qu'il voyait le Martien ponctuer de gestes lents et fermes, comme pour bien souligner, semblait-il, sa logique irréfutable, pour bien faire entrer tout ça dans la tête de son auditrice.

Marc en avait fini par se demander si, effectivement, J.M. (Jean-Michel ou Jean le Martien) ne disposait pas d'un pouvoir réel. Et si c'était le cas, il aurait bien donné son écharpe, contre une initiation, compte tenu du bénéfice inestimable qu'il pouvait espérer en tirer. 

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